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15 Déc

Un skipper taillé pour des courses extrêmes – Jérémie Beyou

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Arrivée Vendée Globe 2016

Photo Vincent Curutchet / DPPI / Vendée Globe

Comment devient-on l’un des marins les plus titrés de la voile française, avec trois victoires sur la Solitaire du Figaro, une sur la Transat Jacques Vabre et la Volvo Ocean Race, sans oublier des podiums sur les courses majeures que sont le Vendée Globe et la Route du Rhum ? Tous les chemins mènent au succès, celui de Jérémie Beyou est d’abord passé par la baie de Morlaix de son enfance. C’est là, entre cailloux et courants, qu’il a découvert la voile, d’abord en Optimist puis en Moth Europe, aux côtés d’autres futurs illustres marins de la baie, Armel Le Cléac’h et Nicolas Troussel. « C’est tout un environnement qui joue : des gamins qui habitent au bord de l’eau, des parents qui ont une sensibilité voile et naviguent le week-end ou lors des vacances, des rencontres, des guides de vie… »

Parmi ces derniers, Bruno Jourdren, originaire comme Jérémie de Carantec, joue un rôle prépondérant dans sa vocation, en lui faisant découvrir les joies de l’habitable en First Class 8 et en l’incitant à se tourner vers le solitaire. Après plusieurs participations au Tresco ou au Tour du Finistère sur le quarter-toner de son père Alain, mais aussi des premières navigations en Figaro aux côtés des marins du coin, Bruno Jourdren toujours, Jacques Caraës et Hervé de Kergariou, Jérémie se lance à 20 ans sur la Solitaire du Figaro. Sans un sou, avec sa sœur comme préparatrice et son bateau en guise de chambre d’hôtel, mais avec, déjà, une grosse soif d’apprendre : « C’était l’aventure, mais tout de suite, je me suis senti bien sur ce circuit, je me suis dit que c’était ce que je voulais faire. La Solitaire me faisait rêver, je la suivais tous les étés à la radio, elle berçait mes mois d’août. »

Victoire Solitaire du Figaro

2005 – Photo JC MARMARA R. VIALERON / Le Figaro

Suivront huit participations consécutives et une première victoire en 2005, au terme d’une étape d’anthologie entre Cork et Port Bourgenay remportée devant Michel Desjoyeaux. « Un soulagement énorme » pour un marin qui, de son propre aveu, « n’arrivait pas à conclure. » C’est chose faite avec cette victoire qui lui « enlève un poids considérable » et en appelle deux autres, une plus que parfaite en 2011 avec trois victoires d’étape sur quatre – « Je marche sur l’eau, c’est jubilatoire, ça arrive très peu de fois dans une carrière » -, la suivante en 2014, « une victoire mature » entre deux Vendée Globe.

Car entre-temps, Jérémie s’est entiché de la course autour du monde en solitaire, le Vendée Globe, avec une première participation en 2008, trop vite interrompue sur casse matérielle (barres de flèches), une seconde en 2012 qui, là encore, tourne court (vérin de quille), et une troisième en 2016 qui voit le Finistérien, privé une bonne partie de la course de fichiers météo et de communication avec l’extérieur, aller au bout de lui-même pour prendre une belle troisième place. « Ce Vendée Globe est un condensé de la vie, avec des émotions très fortes dans un sens comme dans l’autre, tu passes de l’euphorie totale à la détresse extrême. J’ai pensé jeter l’éponge à chaque cap, mais je me disais que je ne pouvais pas abandonner une troisième fois. Et quand je me suis rendu compte que la troisième place me tendait les bras, je me suis accroché coûte que coûte. »

Mise à l'eau de l'Imoca Charal 1

Photo Yvan Zedda / Alea

A son arrivée aux Sables d’Olonne, Jérémie Beyou a deux très bonnes raisons d’afficher un large sourire : il termine sur le podium et sait d’ores et déjà qu’il sera au départ du Vendée Globe 2020 sous les couleurs de Charal. Avec un nouveau 60 pieds dans les cartons, un partenaire engagé et enthousiaste, une équipe étoffée et un objectif clairement affiché : gagner. « C’est le projet, l’équipe, le bateau, le timing, le partenaire dont j’ai toujours rêvé. » L’IMOCA Charal, conçu par le cabinet VPLP avec le concours du bureau d’études du Charal Sailing Team, est ainsi le premier de la nouvelle génération de « foilers » à être mis à l’eau, le 21 août 2018, permettant à Jérémie de disposer du temps nécessaire pour le prendre en main dans un premier temps, pour l’optimiser ensuite.

Ce qui est chose faite au cours d’un chantier d’hiver 2019-2020 tourné vers la performance et la fiabilité, qui accouche d’une véritable V2 du bateau argenté (nouvelle paire de foils, mât et jeu de voiles neufs, cockpit quasiment fermé…). Dans le même temps, le skipper de Charal, décidé à ne rien laisser au hasard, met un soin particulier à peaufiner préparation physique, mentale et météo. Les résultats sont au rendez-vous puisqu’il remporte en juillet 2020 la course de préparation au Vendée Globe, la Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne. De quoi lui permettre d’aborder son quatrième tour du monde consécutif dans un état d’esprit aussi serein que conquérant.