Vainqueur de la Transat Café L’Or l’an dernier, Jérémie Beyou a une histoire forte à la Route du Rhum. Après être monté à deux reprises sur le podium (3ème en 2022, 2ème en 2014), il se présente à cette nouvelle édition avec beaucoup d’ambition. Pourtant, même si la météo s’annonce clémente au départ, il sait que cette course est d’une difficulté sans nom. Confidences à quelques jours du départ.
Son état d’esprit. « J’essaie de rester au calme, d’entrer au fur et à mesure dans ma bulle. C’est important de se ménager, d’augmenter les phases de repos mais aussi de ne pas trop faire la course avant la course. Parce que quoi qu’il arrive, la course s’annonce très intense ».
Les conditions météo. « Pour l’instant, le départ s’annonce plutôt clément. Ce qui se dessine, c’est une course rapide avec une route plutôt directe qui passerait par le nord des Açores. Il n’y a pas de grandes options qui se dessinent en matière de stratégie. En revanche, les systèmes météorologiques vont vite s’enchaîner donc on va avoir pas mal de boulot ! Il faudra aussi veiller à la force du vent, à l’état de la mer… Il y a plein d’aspects qui sont susceptibles de creuser les écarts. »

Adrien Nivet – polaRYSE
« À la Route du Rhum, tu n’as pas le droit à l’erreur »
Les enjeux du début de course. « Dimanche, ça va être une longue journée. Le fait qu’il y ait peu de vent, ça nous oblige à bien anticiper le trajet pour se rendre sur la ligne de départ. Je pense qu’on mettra environ 3 heures pour y arriver. Après, tout est une affaire de gestion : avec l’équipe qui reste à bord, avec les bateaux qui sont sur la ligne de départ et avec les conditions météo… Il faut être très concentré, très précis pour anticiper tout ce qui peut l’être et pouvoir tout donner dès qu’il le faut. Car ensuite, ça va être très intense jusqu’à cap Fréhel puis en sortie de Manche. »
L’exigence de la Route du Rhum. « La Route du Rhum est particulièrement difficile à gérer physiquement. Si le Vendée Globe est usant, la Route du Rhum est une course qui fatigue au premier sens du terme. Tu n’as jamais de répit, il faut être toujours aux aguets pour donner le meilleur. Par ailleurs, tu n’as pas le droit à la casse : c’est inimaginable de ralentir une poignée d’heures pour réparer par exemple. En fait, tu ne peux pas perdre une heure et tu ne peux pas te permettre de faire une erreur. Pour bien figurer à la Route du Rhum, il faut se rapprocher du sans-faute. »
La décharge d’énergie intense. « Il y a quatre ans, j’avais terminé 3ème à bord de Charal à seulement trois heures du vainqueur (Thomas Ruyant) et à une heure du 2ème (Charlie Dalin). Ça montre à quel point il ne faut jamais relâcher la pression tout au long de la course. En matière de sommeil, c’est aussi très compliqué : je crois que j’ai dormi à peine 10 heures en 11 jours de course ! C’est aussi intense qu’une Solitaire du Figaro, sauf qu’à la Solitaire tu as trois escales pour récupérer. Là, tu dois toujours composer avec cette dette de sommeil et la difficulté de rester lucide en permanence. »
La gestion plus facile des émotions. « Quand on quitte le ponton, on sait qu’on part pour seulement une dizaine de jours. La portée émotionnelle est forcément moins forte que pour un tour du monde. L’organisation du week-end y joue un rôle aussi : après le passage des écluses devant le public, on s’installe au mouillage et on a une dernière nuit en famille. Les « au revoir » le dimanche se déroulent en petit comité, à l’abri des regards, c’est vraiment agréable. Ça laisse aussi le temps de retrouver le bateau, de se sentir à l’aise dedans. Après plusieurs jours de village, je ressens ce besoin de me reconnecter avec lui. Et ça me permettra d’être d’attaque avant le grand départ ! »

Adrien Nivet – polaRYSE

