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24 Avr

Fort dans sa tête, fort en mer

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En plus d’une préparation physique poussée, Jérémie Beyou a décidé cette année de se faire accompagner par une psychologue du sport, Meriem Salmi, afin de l’aider à aborder son Vendée Globe dans les meilleures conditions mentales.

Déterminé à tout mettre en œuvre pour remporter le Vendée Globe 2020, l’objectif affiché depuis le début de la campagne sous les couleurs de Charal, Jérémie Beyou a souhaité cette année monter en puissance concernant sa préparation mentale : « C’est un engagement colossal de préparer un Vendée Globe. Il y a de la pression, surtout quand tu te mets des objectifs élevés, de l’intensité, de la concurrence, un bateau complexe, des sollicitations… Il faut arriver à prendre du recul et à rester serein pour faire les bons choix, c’est la raison pour laquelle j’ai ressenti le besoin de me faire accompagner », explique-t-il.

Le skipper de Charal a pour cela fait appel à Meriem Salmi, une psychologue du sport (entre autres), qui compte notamment pour patients Teddy Riner ou le pilote de F1, Romain Grosjean, et œuvre à l’Insep depuis longtemps, la « fabrique à champions français », notamment en tant qu’expert auprès de la direction générale et des équipes olympiques depuis 2017. « J’avais travaillé ces dernières années avec des psychologues, mais pas spécialisés dans le sport, là, je recherchais quelqu’un qui avait cette expérience en plus. Comme elle travaille avec beaucoup d’athlètes de haut niveau, l’échange est souvent basé sur des exemples qu’elle a vécus avec eux ; forcément, pour le passionné de sport que je suis, ça me parle. »

Cette collaboration a débuté en janvier, à raison de deux séances mensuelles sur Skype – « J’ai besoin de l’image pour voir la posture de Jérémie, l’observation clinique fait partie de mon travail », explique Meriem Salmi -, rythme qui devrait s’intensifier au fur et à mesure qu’approchera le départ du Vendée Globe. L’objectif ? « Le travail psy est un apprentissage, dont le but est d’apprendre à s’adapter à son environnement, au sens large du terme, poursuit la thérapeute. La définition de l’intelligence en psychologie est justement la capacité d’adaptation à l’environnement. Nous essayons donc d’être intelligent quel que soit les conditions et la personne avec laquelle je travaille, je vais passer en revue l’ensemble des paramètres qui l’environnent, à savoir sa vie privée, sa vie familiale, sa vie professionnelle, sa vie sportive, qui sont autant de facteurs susceptibles de dérégler l’harmonie. Or la performance est le résultat d’une harmonie, d’un équilibre, elle est précieuse mais aussi très fragile, car elle s’autorise des réponses complexes et multifactorielles. »

L’objectif est aussi de permettre au skipper de Charal d’être capable de gérer ses émotions, en mer comme à terre. « Au retour de mon dernier Vendée, je m’étais dit qu’il fallait que je gomme mes émotions, que j’arrête de partir dans les hauts et dans les bas, explique ce dernier. Le discours de Meriem est au contraire de dire que de toute façon, tu ne peux pas changer. Tu es toi, avec tes qualités, tes défauts, tes émotions, c’est normal, il faut arriver à les accepter, peut-être parfois à les réguler, et à s’en servir au mieux, c’est le travail qu’on fait ensemble. »

Meriem Salmi confirme : « Le stress et l’anxiété font partie de tous les mondes d’élite, ce qu’il faut éviter, c’est l’excès, la pathologie. Les sportifs de haut niveau sont amenés à gérer des choses extrêmement complexes sur le plan émotionnel, particulièrement les marins du Vendée Globe. Pendant deux-trois mois, dans des conditions parfois inhumaines, ils doivent développer des capacités très particulières, pas uniquement physiques : ils doivent tout comprendre, la technique, la météo, ils ont une polyvalence de compétences énorme, sans oublier qu’ils font un sport à risques. Donc on va chercher à régler les dysfonctionnements et à développer le maximum de compétences en amont pour que, Jérémie puisse se débrouiller seul. Le but est qu’il soit capable d’identifier, d’analyser et de comprendre ses émotions pour ensuite mettre en place des stratégies adaptées. C’est un apprentissage de haut niveau »

Et la collaboration se poursuivra en mer, avec la possibilité pour le skipper de Charal de faire part de ses questionnements à sa psychologue quand il en ressentira le besoin, cette dernière ayant l’habitude d’accompagner les sportifs sur leurs compétitions (elle fait partie de la délégation française pour les Jeux Olympiques de Tokyo, reportés d’un an). Dans l’immédiat, c’est une autre forme de stress qu’elle gère, liée à la période de confinement dû à la pandémie de Covid-19 qui frappe la planète. « Les sportifs ont tous pris un choc. Même s’ils sont conscients que la santé est plus importante que tout, ce sont des gens habitués à avoir un tempo basé sur des échéances sportives, là, tout est remis en question, c’est très perturbant, anxiogène. Donc on travaille aussi dessus, on s’adapte à notre environnement », conclut Meriem Salmi.

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